La fracture de fatigue ou la hantise du coureur...

Définition :

Les fractures de fatigue sont des cassures osseuses provoquées par des répétitions de chocs. La cause est uniquement les forces mécaniques appliquées à l'os, le terme fracture de contraintes serait donc plus approprié.

Au début, c'est une petite douleur à l'effort peu intense avec des signes locaux très discrets comme un léger œdème. Petit à petit, les douleurs deviennent permanentes et plus précises.


 

Témoignage :
 

" J'ai une douleur dans le haut de la fesse gauche depuis 15 jours. Quand je cours : à chaque impact, je ressens une vibration douloureuse dans toute la fesse et le bas du dos… "  

 

Après un repos sportif d'une semaine, je tente une petite reprise, c'est la catastrophe, la douleur devient insupportable et irradie jusqu'en haut de la cuisse.
Je décide de consulter mon médecin.

Le premier diagnostic est classique pour les coureurs que nous sommes :

Contracture, ou peut-être une petite déchirure, il y a surentraînement, donc repos musculaire obligatoire.
Évidemment, cela n'arrive jamais au bon moment, en plein programme d'entraînement pour les Templiers de fin octobre.
Après 1 semaine de repos, la douleur est toujours là, aussi gênante, le footing inconcevable.

Je retourne voir mon médecin et c'est parti pour une cure d'AINS* d'abord en comprimés pendant une semaine et puis devant l'inefficacité du traitement, en injections matin et soir pendant 4 jours.

*Anti Inflammatoires Non Stéroïdiens (Voltarène 75mg)

Dernier diagnostic : peut-être une tendinite du Pyramidal...

Évidement, après l'injection du matin, le moral remonte avec la diminution de la douleur, mais il rechute aussi sec avec le retour de celle-ci dans l'après-midi ; l'effet du Voltarène ne fait que "masquer" la douleur pendant 3 à 4 heures.

Du coup, au bout de 5 jours on décide de tout arrêter, il faut se rendre à l'évidence, cela ne sert à rien.
Le pire, c'est que je ne sais toujours pas ce que j'ai précisément et le moral en prend un coup...
L'échéance de la course des
Templiers arrive et j'me la coule douce!

Alors sur les conseils d'un copain coureur, me voilà parti consulter un Ostéopathe.

Diagnostique: Sacro Iliaque gauche bloquée.

Oui mais voilà, ce praticien manuel replace les gentils membres déboîtés ou mal fichus, mais ne recolle pas les pots cassés.
Pire, une intervention sur une fracture osseuse ou une déchirure musculaire pourrait aggraver une situation devenue "désespérée"!

Le lendemain de cette visite et sur les conseils de l'ostéo, je retente un footing test..... l'enfer ! je fais 100 mètres et demi tour.
Du coup, je décide d'annuler, la mort dans l'âme, tout mon programme sportif de l'automne.

Plus de compètes, plus d'entraînement, plus de pression, bref c'est cool quoi ??.. enfin pas tout à fait car la douleur ne me lâche plus.

Je retourne donc voir mon toubib bien décidé cette fois à lui arracher l'ordonnance pour des examens plus poussés.

Ce sera donc dans l'ordre : une radio, une prise de sang, la scintigraphie osseuse et enfin l'IRM.

Le trait de fracture n'apparaît pas forcément après la douleur initiale et peut être difficile à repérer, voire invisible (c'était mon cas) sur des radios classiques.

L'analyse de sang écartera l'hypothèse d'une tumeur.

La scintigraphie permet de voir toutes les lésions inflammatoires d'un squelette, lésions qui ne sont pas toujours douloureuses.
Cet examen indolore mais long (compter une bonne demi-journée), réveillera un fort soupçon de fracture et enfin l'IRM confirmera le diagnostic :

Fracture du Sacrum (région Sacro Iliaque)

Scintigraphie d'octobre
La scintigraphie met en évidence une hyperfixation du traceur en regard de l'articulation sacro-iliaque gauche.(temps tardif)
Cette hyperfixation au niveau de la hanche est en faveur d'une fracture de fatigue de l'articulation citée.
 
IRM du 27 octobre
Présence d'un oedème du spongieux, touchant l'aileron sacré gauche, apparaissant en hyposignal T1, hypersignal T2.
Au sein de cet oedème, on individualise un trait de fracture oblique, touchant la partie supérieure et gauche du Sacrum atteignant le premier trou sacré.
 
IRM du 17 décembre
Diminution de l'oedème de près de 70%, le trait de fracture est toujours individualisable.
 
Scintigraphie mars 2004
Il n'existe plus de foyer d'hyperfixation pathologique de l'articulation sacro-iliaque gauche
 
IRM du 15 mars 2004 soit 6 mois après le début des symptômes
(technique : Coupes coronales en pondération T2 avec saturation de graisse T1)
Sur cet examen, il n'est plus visualisé d'oedème au niveau du sacrum, il subsiste uniquement une ostéocondensation des deux berges.

Une fracture de fatigue c'est quoi ??

Et oui ! vous pensez bien que j'ai fouiné sur le net pour trouver d'ou pouvait venir ce mal étrange venu de la fesse gauche...

Il s'agit donc d'une modification localisée de la structure osseuse. Elle apparaît sur un os sain, sans traumatisme évident mais c'est bien une fracture dont il s'agit.

Provoquée par une accumulation de "trops" :

Trop d'efforts, trop d'entraînement, trop de poids, trop d'compêtes, running trop usées etc

Cette pathologie n'a pas forcément une, mais peut-être plusieurs origines. De nombreux facteurs s'imbriquent pouvant favoriser ou limiter la probabilité de blessure.

Une dissymétrie de la foulée peut également être un facteur d'aggravation, dans ce dernier cas un petit tour chez un podologue permettra de le déceler.

Bien sûr, on ne s'y attend jamais, mais le plus sournois dans l'affaire, c'est que ce mal qui nous guette n'arrive pas forcément au moment le plus logique.

C'est-à-dire pas forcément pendant la période d'entraînement la plus lourde, il y a comme une sorte d'effet retard.

C'est un peu comme si les kilomètres accumulés aux printemps, venaient présenter l'adition à l'automne.

Cette blessure surviendra toutefois après un enchaînement de trois trails de challenges menés bon train (25 kms, 15 kms, 30 kms) en 3 semaines.

 

Que faire ?

Quand la blessure survient, l'objectif est évidement de guérir le plus rapidement possible !

Oui mais!

Cela suppose une période de repos très difficile à accepter, mais qui s'avère primordiale pour la suite de la pratique.

Si notre organisme nous envoie des signaux de douleurs, c'est qu'il exprime un problème, c'est le voyant rouge du tableau de bord d'une voiture.

Dans ce cas, il est peut-être plus sage de s'accorder quelques jours de repos, plutôt que de croire que cela va passer et se retrouver immobilisé pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois, ce qui est mon cas.

Soigner le mal par le mal = DANGER

Facile à dire ! mais à méditer toutefois afin d'éviter ce planning peu réjouissant :

Timing & symptômes
20 septembre Après une course, je ressent des douleurs dans le bas du dos et haut de la fesse gauche.
Je coupe l'entraînement durant la semaine.
29 septembre Reprise pourtant légère mais aggravation de la douleur.
Arrêt sportif total et consultation d'un médecin du sport.

Prise d'anti-inflammatoires en comprimé pendant une semaine Voltarène 75mg matin et soir.

3 octobre Aucune amélioration : Voltarène en injection localisée matin et soir pendant 4 jours.
8 octobre Aucune amélioration, arrêt total des AINS et repos total.
13 octobre Aucune amélioration, je décide de consulter un spécialiste.
16 octobre Début des examens avec une radio du bassin et une prise de sang.
Les résultats de ses examens ne donnent rien, toutefois l'analyse de sang semble écarter l'hypothèse d'une tumeur.

La radio ne révèle rien.

23 octobre Scintigraphie osseuse avec une première hypothèse forte pour une fracture dans la région Sacro Iliaque.(voir ci-dessus)
23 octobre Je marche désormais avec des béquilles afin de soulager la jambe gauche.
27 octobre L'IRM confirme une fracture du Sacrum dans sa partie gauche.
Je suis désormais en arrêt de travail jusqu'au 10 décembre, date vers laquelle un IRM de contrôle sera réalisé.
Adoption d'une alimentation stricte afin d'éviter de prendre du poids, riches en calcium et vitamine D, eau minérale, laitages, poissons gras, volaille, oeufs...
1 novembre La douleur commence à diminuer très doucement, je peux marcher sans béquille.
5 novembre Il existe toujours un point sensible dans le bas de la fesse, cela se ressent à la marche.
13 novembre Les premières infiltrations de Calcitonine provoques nausées et vomissements.
14 novembre La douleur disparaît à la marche.
17 novembre La douleur revient de temps en temps et joue avec mes nerfs!
1 décembre Plus de douleur à la marche
17 décembre L'IRM de contrôle sera encourageant puisque l'oedème apparaîtra diminué de 70%, le trait de fracture est certes estompé mais toujours visible.
18 décembre Les injections de calcitonine sont toujours aussi délicates à supporter.
Feu vert pour la reprise d'une activité sportive très progressive début janvier par du vélo (sur du plat) et de la natation (crawl)
23 décembre petit footing test; trop tôt !!!
7 janvier petite reprise : 3kms de légers footing, cela semble aller. courbatures le lendemain
9 janvier petit footing de 4 à 5kms, cela semble aller, la reprise s'annonce.
19 janvier reprise toujours très prudente; douleurs musculaires au niveau du bassin et dans le haut des cuisses
20 février après maintenant plus d'un mois de reprise prudente, je commence à reprendre une base d'entraînement avec un peut de VMA (200m, 30/30)
6 mars j'ai toujours des courbatures après mes entraînements qui disparaissent en générale le lendemain.
je fait 4 à 5 sorties par semaine avec du vélo le samedi.

Je cours depuis ce jour avec des semelles moulées à mes pieds.
Un examen chez un podologue a révélé une foulée dissymétrique.

Coté endurance, je peux maintenant courir 1h30 sans problème et ma fréquence cardiaque retrouve des valeurs conforme.

16 mars nouvelle scintigraphie osseuse planifiée : bilan positif, il n'existe plus de foyer d'hyperfixation
mi mars reprise d'un entraînement plus complet et qualitatif avec VMA et seuil
fin avril 2004 reprise progressive des compétitions courtes distances (< 30kms)
   
Après 4 mois de reprise progressive, je retrouve mes sensations et mes chronos....

5 bonnes résolutions après cette douloureuse épreuve

1 Faire un choix parmi le calendrier très fourni des compétitions.
2 Après chaque course, s'accorder une récupération proportionnelle à la "difficulté/distance/dénivelé" de celle ci. (course à pieds)

Reprise de l'entraînement par une activité non traumatisante: vélo, piscine etc...

3 Favoriser la qualité des entraînements par rapport à la quantité (kilomètres/semaine)
- Travail musculaire
- Etirements
- Travail des allures spécifiques, VMA, Seuil...
- S'accorder de vrais séances de récup en endurance (65 à 70% de VO2max)

Et fini les 180 bornes/semaines en prépa du marathon des sables.

4 Mieux écouter son corps et accorder plus d'importance aux petits messages d'alertes (petites douleurs persistantes)
5 Appliquer à soit même les conseils donnés aux autres ...
 
 

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